
Chili, 23 Février 2009 - 8 Mars 2009
Avez-vous déjà pris un vol qui arrive littéralement avant votre heure de départ, le même jour, dans le pays précédent? Avez-vous déjà franchi la fameuse "ligne du temps", au milieu du Pacifique?
Si oui, vous savez de quoi je parle. Si non, cela se rapproche d'une sensation de gueule de bois intense doublée d'une envie de dormir même en marchant.
Tel fût notre vol entre Auckland et Santiago, porte d'entrée de notre séjour en Amérique du Sud, "the last continent"!
Nous pensions arriver le 24 Février, nous sommes arrivés le 23. Toujours le 23? Nous étions de ce fait complètement désorientés. Nous n'avions jusque là pas trop souffert du décalage horaire, sauf à Sydney, mais le trans-pacifique est un costaud, et il nous a bien fallu deux jours pour nous en remettre, à être complètement réveillés à papoter à 2 heures du matin, et à manger des sandwiches à 18h en pensant qu'il est 13h...
Cette arrivée perturbante fût largement compensée par le sourire et la gentillesse spontanés des Chiliens.
Le chauffeur de notre navette jusqu'à l'hôtel à Santiago me tend la main à la descente...mmmhhh je crois que je vais bien aimer ce pays!
Nous sommes restés quelques jours à Santiago, histoire de nous acclimater tout d'abord.
Après l'Asie, le contraste est saisissant: la musique est partout, et les gens caquettent de tout et de rien, rient à gorge déployée, les couples s'embrassent à tous les coins de rues, et s'entremêlent dans les parcs...bref, la vie dans tous ses états. Santiago ressemble à une métropole européenne, le Chili étant considéré comme le leader économique d'Amérique du Sud, et les Chiliens en sont fiers.
Mon espagnol poussiéreux sort du fond de son placard (tinté d'italien bien sûr), histoire de ne pas faire décoration aux côtés de mon brillant hispanophone de copain, étrange hollandais à l'accent andalou...
Nous avons attéri dans le quartier de Barrio Brasil, quartier Brésil, charmant avec ses vieilles maisons, ses cafés où l'on peut manger jusqu'au creu de la nuit, son parc à la lumière magnifique lorsque le soleil descend...Un quartier familial au petit air bohème que nous avons beaucoup aimé. On mange tard au Chili, à 22h les restos sont pleins comme des oeufs...Cela tombe bien, comme nous souffrons du décalage horaire.
La première journée, après une réveil très lent, nous avons fait une petite balade en ville, en passant par l'inévitable Plaza de Armas, puis nous sommes monté au Cerro Santa Lucia, nous donnant une idée de l'envergure énorme de la ville. Santiago est dans une cuvette entourée de montagnes sèches, très sèches.
Les jours suivants nous avons aussi découvert le quartier multicolore de Bellavista, où les petites maisons rivalisent de couleur, puis nous sommes montés dans le funiculaire antique du Parquo Metropolitano, encore plus haut que Santa Lucia. Impressionant, tant la montée en funiculaire (il est vieux de combien encore? pas de problèmes techniques?) que la vue panoramique au pied de la statue de la vierge tout en haut de la colline.

Barrio Brasil, Santiago


Barrio Bellavista et vue sur la ville du Parque Metropolitano, Santiago


Cerro Santa-Lucia, et spectacle local, Plaza de Armas, Santiago
Valparaiso
De Santiago nous avons pris le bus pour Valparaiso. Le réseau de bus chiliens est impressionant de qualité, il s'agit sûrement d'un des moyens de transport les plus prisés du pays. Les sièges s'inclinent presqu'à l'horizontale et sur les très longues distances des repas sont servis...
Nous logeons dans un petit hôtel familial, Los Gaviotines, tenu par Jaime, qui a définitivement ce que Diederik et moi qualifions de la "cool attitude" chilienne: en jogging ou pyjama, quelle que soit la tenue ou l'heure, il a l'air cool!
L'auberge est portes ouvertes pour la famille et les amis (qui logent sur place quelquefois), un vrai moulin, une maman de la soixantaine bien fringante qui parle à tout le monde, sort en boite avec ses fils, hurle et danse devant le concert de Simply Red à la télé comme si elle y était, fait goûter sa salade chilienne dans la cuisine commune et du coup tout le monde se mélange dans un joyeux désordre, on ne sait plus qui vit sur place, qui est de passage, et qui sont les gens qui y logent!
Nous y rencontrons deux couples Anglo-Irlandais, Damian et Kelly, Richard et Sarah, eux aussi "tourmondistes" avec qui nous sympathisons, et Kelly se rend compte qu'elle nous a déjà vu: nous étions dans le même vol de Sydney à Auckland! Nous mangeons ensemble lors de notre dernier soir à Valparaiso, et la leçon de cela restera: ne plus essayer de suivre le rythme anglo-saxon en ce qui concerne la descente de bouteilles d'alcool. Le lendemain, après quelques heures de sommeil seulement, le voyage en bus de 7 heures pour La Serena me semblât très très long... Enfin, ce fût une très bonne soirée!


La familia de Valpa, avec Gabriel, Jaime, la maman, et Diederik le Fourbe et soirée "gosier en pente" avec de gauche à droite Kelly, Sarah, Richard, Damian et deux qui ne tiennent plus très droit, auberge Los Gaviotines, Valparaiso
Valparaiso donc, je disais, ville portuaire avec ses maisons colorées accrochées aux collines.
Notre première impression n'est pas des meilleures: le port commercial est au milieu de la ville, il y a des ruelles mal famées et obscures, des quartiers où les gens du coin nous font signe de ne pas aller (en se passant le doigt sur la gorge pour nous le faire comprendre...), la circulation y est assez intense, les rues sales...bref nous osons nous demander comment est-ce-que cette ville a pu mériter le titre de patrimoine mondial de l'Unesco...Il est vrai que le temps est gris, et le restera jusqu'à notre départ, ce qui joue sûrement sur l'impression générale. Nous avons fait une petit tour en bateau dans le port, serrés comme des sardines en gilet de sauvetage, car plus nous étions, plus c'était rentable pour notre capitaine.
Néanmoins, Valparaiso est une ville qui se dévoile quand on prend le temps de la connaître, avec ses collines aux sentiers tortueux donnant des vues plongeantes sur la ville et l'océan Pacifique, ses petits funiculaires (ascensores) parfois centenaires grimpant à l'assaut des collines, ses murs et maisons bariolés, et la visite de La Sebastiana, une des maisons du grand poète Pablo Neruda, où l'on comprend facilement son inspiration, avec toutes ces fenêtres donnant sur la ville et le Pacifique, l'imaginant écrire à son petit bureau dans les hauteurs.
Cela semble tout simple: il faut arpenter ses collines pour se rendre compte de la beauté cachée de Valparaiso. Du moins c'est ce que nous avons découvert.


Cerro Alegre,Valparaiso


L'Armada, Plaza Sotomayor, et Maison (musée) de Pablo Neruda, La Sebastiana, Valparaiso


Un vieux trolleybus, et vue sur les collines, Valparaiso
La Serena
Le voyage en bus pour La Serena, ville balnéaire plus au nord, se passa sans encombre, sauf l'état léthargique mentionné ci-dessus. En route pour "La Sereine", en bordure du Pacifique. Avec une combinaison pareille, nous nous attendions à une ville très calme!
La Serena est plus calme que Valparaiso, car moins peuplée, et j'ai trouvé cette ville charmante. Nous logeons à Maria's Casa, une sorte de mélange auberge de jeunesse, chambre chez l'habitant, et dès la porte d'entrée ouverte, nous sommes sous le charme: tout y est peint de couleurs vives, le soleil brille dans leur petite cour où un arbre énorme offre une ombre fraîche.
Nous y resterons quelques jours et comme le soleil est supposé se lever dans l'après-midi, nous decidons de louer des VTT pour longer la longue plage, et pensions au début pouvoir nous rendre à Coquimbo, la localité voisine, à une douzaine de kilomètres de là. Hin hin, c'était sans compter sur des selles de vélo dignes d'instruments de torture. Nos arrières-trains douloureux ne nous permettant point de nous rendre trop loin, nous nous contentons de profiter de la plage pour pique-niquer et prendre des photos de Coquimbo depuis la grève!


En route pour Coquimbo (arrière-plan), et on a vu pire comme mairie, La Serena
Le lendemain nous faisons un petit tour organisé dans la Valle del Elqui, où nous visitons une distillerie traditionnelle de Pisco, l'alcool fort chilien à 40 degrés, de quoi tuer nos rhumes à venir. La vallée en elle-même est normalement très ensoleillée, 300 jours par an nous a-t'on dit, évidemment le jour de notre visite, c'était couvert (ce n'est pas pour rien que nous suivons la route des soleils, hein). L'agriculture y est très développée, contrairement au reste de la région qui est très sec. La papaye est la star du coin, ainsi que les vignes.
D' ailleurs le vin chilien est très bon et reste bon marché.

Les vignes de la vallée
Nous passons aussi par les quelques villages typiques de Montegrande (village de naissance du premier Prix Nobel de Littérature d'Amérique du Sud, Gabriela Mistral) et Vicuña, portant le nom du petit animal du coin ressemblant à un mini-lama, et nous mangeons dans un restaurant cuisinant à l'énergie solaire.


Une rue de la Serena, et resto solaire dans la Valle del Elqui
J'ai beaucoup aimé La Serena, le centre en tout cas, certains bâtiments à l'architecture coloniale ont été préservé, mais le bord de plage ressemble à n'importe quelle cité balnéaire moderne: un enchevêtrement d'immeubles en béton destinés à loger les touristes et rivalisants de laideur.
San Pedro de Atacama
De la Serana nous décidons d'aller à San Pedro de Atacama, une des villes les plus sèches du Chili, située à 2500 mètres d'altitude. Trajet en bus: départ de La Serena à 18h40, arrivée à San Pedro de Atacama à 11h. Tiens, prends ça! Mais nous ne sentons pas le trajet passer parce que:
- 1, notre voisin est Brésilien et nous sympathisons de suite. Nous passerons une nuit dans le même hôtel avant qu'il ne parte pour la Bolivie. Peut-être nous reverrons-nous au Brésil?
- 2, les paysages, tant qu'il fait jour, sont à couper le souffle, et nos sièges sont situés devant la fenêtre (bus à deux étages, donc au-dessus du chauffeur)
- 3, les repas sont fournis, et les sièges inclinables avec couvertures et oreillers
Amis chiliens, n'essayez pas Eurolines en Europe!
L'arrivée à San Pedro me frappe, à part l'altitude, on se croirait au nord du Burkina. Tout y est sec, sec, sec et le village est écrasé par le soleil. Un vent chaud s'engouffre dans des ruelles où pas un chat ne s'aventure...Il me semble au loin entendre un harmonica et voir passer l'ombre de Clint Eastwood dans son époque western...Un sémaphore indique les radiations solaires: tous les jours, le risque de brûlures est grand, on nous le dit et répète, à cette altitude "le soleil tue".
La seule âme qui vive osant s'aventurer dans le coin est le Touriste. Avec bob seyant, lunettes de soleil immenses, sentant la transpiration et la crème solaire et buvant des litres d'eau, le touriste est l'habitant principal (passager) de San Pedro. Je me moque, mais nous faisons partie du lot! Les seuls Chiliens du village travaillent dans et pour le tourisme.
San Pedro de Atacama est ultra touristique, car il s'agit d'un village oasis et la région offre beaucoup de curiosités naturelles dans le coin: le Salar, un énorme champ de sel en plein désert, des lagons d'eau salée, des geysers... Et les agences de voyage tiennent le haut du pavé dans le village. D'une façon ou d'une autre, tout le monde finit par faire la même chose.
Nous avons visité Lagunas Cejas, des lagunes au milieu du Salar, où la salinité de l'eau est si forte qu'il est quasiment impossible de nager et qu'on y flotte comme un gros bouchon sans pouvoir réprimer un fou rire.

Je fais le bouchon, Laguna Cejas, Désert Atacama
Puis Los Ojos del Salar (les yeux du Salar), deux trous d'eau côte à côte ressemblant donc à des yeux, où l'eau est certes moins salée mais gelée!J'ai compris très vite en sautant dedans...
Il ne faut pas oublier que les températures nocturnes dans le désert descendent facilement en-dessous de zéro.
Pour finir, nous avons marché sur la lagune salée de Tebinquinche, avec les volcans au loin et cette impression étrange de marcher sur de la neige tassée alors qu'il s'agit d'une croûte de sel.
Paysage unique.Nous avons regardé le soleil s'y coucher en buvant l'apéritif local le Pisco sour avec notre groupe et guide.
Le lendemain nous avons remis ça et fait un tour d'une journée: entre l'oasis de Quebrada de Jerez, avec son ruisseau au milieu du désert, la lagune salée de Chaxas au milieu du Salar et ses envols de flamants roses, les lagunes de Miscanti et Miñiques, situées à plus de 4000m d'altitude dans l'Altiplano (on respire doucement!), et les petits villages endormis de Socaire et Tocona, nous en avons eux plein les mirettes et nous ne savions plus où donner de la tête. C'est magnifique tout simplement, et je me demande s'il existe nulle part ailleurs sur terre de paysage aussi varié tout en restant désertique.
Saut dans "l'oeil", Ojos del Salar, Atacama


Lagune de Miscanti, 4000m d'altitude, repas avec Vinicius le Brésilien à l'hôtel, San Pedro de Atacama
Le Chili nous aura donc époustouflé par sa nature, tout du moins la partie que nous avons vue, le Nord et la gentillesse de ses habitants. C'est avec regret que nous le quittons si vite après seulement deux semaines, mais avec un certain soulagement pour notre porte-monnaie, car la mauvaise surprise était le coût de la vie, beaucoup plus élevé que ce à quoi nous nous attendions, surtout à San Pedro de Atacama, où les prix ont atteint un paroxysme ridicule à cause du tourisme. A se demander comment font les gens du coin pour y vivre...
Nous avons pris la direction de l'Argentine, par bus toujours, et nous trouvons maintenant à Salta, au nord-ouest du pays.
Cela faisait longtemps que nous attendions ce moment, Argentine, nous voilà!
Suite au prochain épisode, et merci à ceux qui nous suivent!
Portez vous bien.
PS: Diederik a aussi mis de jolies photos, voir son récit.
La toute dernière est une longue histoire, disons que je n'ai pas été très marqué par la gastronomie chilienne - ou peut-être, selon Diederik, ai-je toujours fait les mauvais choix de plats!
Hélène et Diederik
Salta, Argentine, le 10 Mars 2009
8 comments:
Hyper cool quoi! :-)))
Vous êtes en train de vivre le grand rêve de vivre un tour du monde, donc amusez vous bien et continuer à profiter des merveilles autour de vous en Sudamerique :-))
Salut depuis chez vous :-))
Paquito.
Valparaiso m'a toujours fait rever. Merci a vous de me faire decouvrir cette ville...Papa
Après etre restée bloquée presque 15 jours devant un ordinateur dont la souris restée immobile -- j'aurai du trouver un chat pour la faire bouger-- ce matin , miracle !! tout fonctionne . J'ai lu avec beaucoup de plaisir le blog et regrette le retard de lecture car je voulais vous parlez des roses musquées du Chili... mais tant pis
Il n'y a pas grand monde qui vous écrive sur le blog, pourquoi?? j'attends la suite en Argentine !! Bises . Mam .
Le Guide du Routard en version bilingue, c'est pour quand ? Etonnantes et belles photos chiliennes en tout cas.
Thomas est en classe de neige cette semaine. Monalie a fait de la luge en Franche-Comté ce WE. Avec ses lunettes de soleil, sa salopette et ses colères debout parce que la luge ne remontait pas assez vite ou que d'autres auraient bien voulu jouer avec quand même un peu, on aurait dit un metteur en scène de cinéma qui pète les plombs devant son équipe de tournage. Appelez-la Joe Dalton. Grosses bises,
El Magnifico.
Si vous prenez des vacances cet été, je vous jure que je vous dénonce au Ministère des Gens qui Prennent Trop de Bon Temps (MGPTBT)!
Je voulais vous demander si ,lors de votre voyage sur la route 4O, vous avez pu visiter l'Observatoire Pierre Auger , c'est le plus grand observatoire scientifique du monde où des chercheurs traquent l'infiniment petit...:des rayons cosmiques rares ,à l'énergie incomparable,pour mieux saisir le chaos du monde..... vous devez etre époustouflés par mes dernières connaissances , c'est simplement la lecture d'un documentaire du dernier Télérama . Bises . Mam
Que de paysages, que d'histoires merveilleuses à raconter à vos enfants et petits-enfants! Hélène tu réussis la prouesse de visiter tous les pays que je n'ai jamais visités..bien qu'en connaissant 72 tout de même. Diederik est dans son élément et toi je trouve que tu es devenue une Indienne des Andes. Je me demandais si vous alliz arriver en Patagonie. Et cette montagne de glace, brrr...
Quel récit Hélène! Rien à dire ce fut exactement comme tu le décris! Ces 3 semaines ont été mémorables et un grand MERCI pour m'avoir donné l'occasion de partager un bout de votre périple. MERCI pour les bonnes tranches de rigolade (ravie de vous avoir fait rire avec ma tronche sous somnifères...). Retour à la réalité bien difficile en tout cas. Vivement le prochain voyage!
Profitez de vos derniers instants et revenez-nous en pleine forme. Hâte de vous revoir !! BESOS . Aurélie
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